À Propos

Né à Colmar en 1991, je vis aujourd’hui à Marseille pour raisons professionnelles. Mon double cursus d’Arts visuels et de Psychologie à l’Université de Strasbourg m’a valu l’obtention du titre de Psychiart – spécialiste en analyses psycho-artistiques. À l’issue de mon parcours universitaire, j’ai pris mes fonctions au Centre thérapeutique de jour du Pôle 8/9 de Mulhouse, chargé avec mes collègues MM. Moricet et Melerowitz de la codirection d’ateliers d’art-thérapie, activité formatrice complémentée par des consultations cliniciennes.

C’est sur les conseils avisés du Pr. Lionel Aric, lequel avait naguère encadré mes recherches d’étudiant dans les disciplines précitées, que je m’étais rendu à l’exposition d’art psychopathologique « Obsession(s) » inaugurée le 22 mai 2015 au Centre Hospitalier Spécialisé de Rouffach (Haut-Rhin) sous l’égide du Dr. Christian Rieg, commissaire d’exposition. J’y fis la découverte du cas L.B. et pris la décision de mettre un terme à mes exercices antérieurs, pour me consacrer exclusivement à l’étude du Syndrome SGG et assurer le suivi de mon unique mais multiple patient.

Pour ce faire, une partie de mon travail repose sur des temps d’observation via la consultation ou la conversation régulière, attentive et rigoureuse, mais en quelque sorte aussi aléatoire, des différents persona de l’hôte – aucune communication directe avec ce dernier ne m’étant possible.

La majorité des enseignements à leur sujet provient cependant de l’examen symptomatologique des créations à ma disposition. Cette importante quantité de productions symptomatiques (manifestations observables de la pathologie et des troubles respectifs des alter) constitue un riche matériel d’analyse. De nombreuses informations potentielles sont disséminées dans les carnets, au sein comme au verso des divers dessins, peintures et écrits de l’artiste. Parmi ces sources :

Smëms – Portrait du Docteur, 2015, Crayon à papier, 84,7 x 66,9 cm.
  • S’apparentant à l’association libre, les monologues intérieurs textuels de Je(an) et sa graphie renferment de précieux indices ;

  • L’usage de la couleur endosse parfois une fonction symbolique. Par exemple, le jaune exprime la joie, la spirale bleue-violacée témoigne d’un sentiment de perdition, tandis que le vert peut, à une nuance près, signifier la plénitude ou, a contrario, être le signal d’un appel à l’aide ;

  • La déclinaison du motif des « bonhommes » constitue également un indicateur relativement fiable des états, humeurs et affects, au moment de leur réalisation. L’étude des variations de la figure (graphisme, tonalité, forme, expression faciale) et de l’intensité des tracés avec laquelle elle est figurée (empreinte du geste révélatrice de la tension nerveuse) permet le constat de la fluctuation de la personnalité – témoins dont il me semblerait toutefois hasardeux, voire périlleux, d’édifier un système d’analyse codifié ;

  • Toutes formes de répétitions, d’automatismes graphiques immédiats ou continus et de traits communs aux persona, sont autant d’éléments possiblement révélateurs de leur identité (idem), identité partagée susceptible d’indications sur l’identité intrinsèque à L.B. – son Moi(s) scindé ;

  • Sur des périodes plus étendues, la fréquence de présence des alter et leur productivité, l’alternance de leurs apparitions et la nature variable de leurs relations peuvent en dire long sur les troubles de l’individu initial.

Diagnostics – Bilans d’observations symptomatologiques.

Si le recoupement des données extraites de l’analyse symptomatologique sert à approfondir ma compréhension du Syndrome SGG, il est évidemment indispensable de confronter et d’étoffer ces enseignements pragmatiques à travers les savoirs issus de la littérature scientifique, renouvelée et enrichie chaque année par les experts du sujet.

Tout au long de mes recherches, l’approche nosologique formulée par les DSM-V et CIL10 constitue une base référentielle et un appui expédient pour établir des diagnostics précis. Ces derniers, via un système de fiches périodiques, sont propices à repérer et jalonner temporellement l’évolution de la pathologie.

Toutefois, la déontologie et l’esprit critique (attendus) inhérents à notre profession, m’inclinent à prêter une attention toute particulière aux écueils et incertitudes possiblement rencontrés lors d’une pareille investigation.

En premier lieu, il convient de concevoir les limites de tels systèmes de classification des pathologies mentales, en considérant leur immense variété, leur extraordinaire complexité et la singularité de chaque cas. Leur mise en doute est d’autant plus à propos attendu que le fonctionnement si particulier du Syndrome SGG déroge, en bien des points, aux principes théoriques relatifs aux T.D.I.. Par ailleurs, il s’agit d’être vigilant face aux risques d’une pseudo-diagnosticité hâtive parfois constatée chez certains praticiens. Plusieurs hypothèses émises au cours de mes explorations reposent sur des observations, analogies et déductions peut-être réductrices et imparfaites qu’il m’est, en l’état, impossible de vérifier – postulats admis tout en sachant pertinemment que l’évolution de la psychopathologie artistique et de mes recherches mènera à leur éventuelle infirmation. Enfin, il me faut impérativement veiller à conserver une entière objectivité et neutralité en dépit – et en raison – de mon implication dans cette étude et de ma proximité avec le patient.

Menée par de grands spécialistes, la quête du traumatisme dissociatif initial propre à la méthode psychanalytique, a fait ses preuves dans le traitement clinique de la plupart des personnalités multiples. Néanmoins, il m’importe de ne pas exclure les apports potentiels d’autres écoles et courants de pensée. La pluralité étant inhérente à mon objet d’étude, il m’apparaît évident que cette pathologie inédite gagne à être appréhendée selon une diversité d’approches.

Aussi, pour ce faire, ai-je répondu favorablement aux invitations de mes confrères, les Docteur Liada et Docteur Luca, à me prêter main forte, les spécificités de leurs disciplines respectives (révélation subconsciente de la kinésibiomécanique et extraction du refoulé par induction hypnotique à hyperfocalisation dissociative) offrant des grilles de lecture et des outils à même de compléter à la fois mes examens et d’élargir mon champ d’action. Il est à noter que leur aide est d’autant plus précieuse que, sans parvenir à l’expliquer, il leur est possible à eux seuls d’entrer en communication avec la personnalité d’origine.

Naturellement, je reste ouvert à toute autre proposition susceptible de diversifier les points de vue et expertises et d’étendre de fait ma compréhension de l’énigmatique syndrome.

Mon opiniâtreté à découvrir les rouages du système SGG, les raisons des switch, les origines des fluctuations et, in fine, de la multiplicité de l’hôte, est motivée par essentiellement deux objectifs.

Primo, il m’appartient de mettre en place une thérapie efficace adaptée à mon patient. Tenant à éviter autant que possible le recours aux solutions médicamenteuses, il est nécessaire d’ajuster régulièrement les exercices thérapeutiques – protocoles quelques fois expérimentaux – prescrits aux alter du système. Aucune « guérison » totale ou définitive n’est attendue ; seule est escomptée l’atténuation des troubles par l’apprentissage de l’autogestion des mécanismes (causes, fonctionnement, conséquences) oscillatoires. Pour ce faire, il est au préalable primordial d’accompagner L.B. sur la voie d’une plus grande connaissance de soi et de la prise de conscience de sa pathologie – l’insight du sujet étant pour le moment estimé très faible.

Secundo, le développement de mes recherches répond à une volonté – si ce n’est à mon devoir – de faire émerger d’un cas unique des savoirs pratiques et théoriques génériques qui permettront aux professionnels de mon domaine d’accroître leurs connaissances et de perfectionner le traitement de cas similaires. J’agissais en ce sens en proposant aux soignants et psychiatres du centre d’internement de L.B. un exposé didactique – synthèse et vulgarisation d’un phénomène complexe – des débordements artistiques engendrés par l’état de crise précédant sa fugue.

Il ne fait aucun doute que Smëms, représentant artistique du système, est conscient de ces potentialités techniques et intellectives lorsqu’il me confie l’entière responsabilité de leur œuvre.

Chargé d’établir un cadre quotidien contribuant à la stabilité du sujet multiple, je suis également tenu de mettre de l’ordre au sein de son ouvrage plastique. La collecte d’une pareille somme de créations implique un fastidieux et contraignant travail d’organisation : répertorier, classer, sélectionner, en vue de constituer une collection et de favoriser sa présentation et sa promotion – via le présent site internet d’une part, par le biais d’expositions d’autre part.

Exégète de cette œuvre hors du commun, il m’importe de faire valoir et de rendre accessible au plus grand nombre, les répercussions scripturales, picturales et graphiques du Syndrome SGG, tant pour ses qualités artistiques (liberté, diversité, expressivité) que pour son intérêt scientifique.

Afin de soutenir le développement de ces objectifs, nous avons collectivement convenu qu’une partie des bénéfices de la vente de leurs œuvres puisse – enfin – me permettre de m’octroyer une rémunération, mon patient et ses autres, visiblement très attachés à mes services, m’enjoignant à pérenniser leur suivi et poursuivre mes recherches.

La complexification du système induite par la démultiplication des dissociations m’impose à redoubler d’efforts pour mener à bien l’exigeante mais aussi, il faut l’avouer, passionnante mission m’incombant en ma qualité de docteur es Psychiart.

Docteur Helber.

Présentation, avec système de fiches explicatives, du fonctionnement des mécanismes (causes et effets des switch) du Syndrome SGG lors d’un état de crise.

Centre d’internement spécialisé de L.B.